Le titre de cette page pose une question et promet, dans la foulée, « des signes qui ne trompent pas ». Après vérification des sources ouvertes qui font autorité sur chacun des phénomènes cités — le rapport du GIEC, l’institut géologique américain, l’ONU, le Bulletin of the Atomic Scientists — la réponse honnête tient en une phrase : aucun des signes avancés ne permet d’annoncer une échéance, et plusieurs de ceux qui circulent sont contredits par les organismes qu’on invoque pour les soutenir. Cet article a été réécrit pour dire, phénomène par phénomène, ce qui est établi, ce qui ne l’est pas, et ce qui a dû être retiré.
Plan de l'article
- Catastrophes naturelles : ce que les relevés établissent, et ce qu’ils ne disent pas
- Tensions géopolitiques : distinguer ce qui est mesuré de ce qui est extrapolé
- Le risque nucléaire : les traités, et le seul indicateur chiffré qui existe
- Le climat : ce que le GIEC évalue, et ce qu’il refuse explicitement d’évaluer
- Pourquoi aucun « signe » ne permet de fixer une échéance
- À retenir
- Questions fréquentes
Catastrophes naturelles : ce que les relevés établissent, et ce qu’ils ne disent pas #
La version précédente de cette page présentait l’aggravation générale des catastrophes naturelles, et des tempêtes en particulier, comme un fait acquis et spectaculaire. Cette présentation n’est pas reprise ici : la source de référence sur le sujet dit autre chose, et il faut entrer dans le détail phénomène par phénomène, parce que le vrai et le faux y sont mélangés.
Ouragans et tempêtes : l’intensité, pas la fréquence
Le résumé à l’intention des décideurs du sixième rapport d’évaluation du GIEC (groupe de travail I, « Climate Change 2021: The Physical Science Basis ») est explicite au paragraphe A.3.4 : « There is low confidence in long-term (multi-decadal to centennial) trends in the frequency of all-category tropical cyclones. » Autrement dit, sur la fréquence de l’ensemble des cyclones tropicaux, le degré de confiance est faible — c’est le niveau le plus bas de l’échelle du rapport. Ce que la version précédente avançait sur ce point a donc été retiré de cette page.
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Ce que le même paragraphe établit, en revanche, mérite d’être lu avec autant d’attention : il est « likely » que la proportion de cyclones majeurs (catégories 3 à 5) ait augmenté au cours des quatre dernières décennies, et il est « very likely » que la latitude à laquelle les cyclones du Pacifique nord-ouest atteignent leur intensité maximale se soit déplacée vers le nord. Le rapport projette par ailleurs, avec un degré de confiance élevé, une augmentation de la proportion des cyclones intenses (catégories 4 et 5) et des vitesses de vent maximales. La bonne formulation n’est donc pas « il y en a plus », mais « les plus violents pèsent plus lourd dans le total, et devraient frapper plus fort ».
Séismes et tsunamis : l’affirmation est réfutée
La version précédente de cette page comptait les séismes et les tsunamis parmi les phénomènes en progression dans le monde. C’est faux, et l’organisme compétent l’écrit sans ambiguïté. Sur sa page de questions fréquentes consacrée exactement à ce point, l’United States Geological Survey explique que son catalogue contient bien un nombre croissant de séismes ces dernières années, « not because there are more earthquakes, but because there are more seismic instruments » — non pas parce qu’il y a davantage de séismes, mais parce qu’il y a davantage d’instruments capables de les enregistrer.
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La même page pose deux repères utiles. D’abord un ordre de grandeur stable : d’après les relevés de long terme, depuis 1900 environ, on attend chaque année une quinzaine de séismes de magnitude 7 et environ un de magnitude 8 ou plus. Ensuite un avertissement qui vise directement le raisonnement par « signes » : « Neither an increase nor decrease worldwide is a positive indication that a large earthquake is imminent. » Ni une hausse ni une baisse du nombre de séismes dans le monde n’indique qu’un grand séisme approche.
Ce qui, lui, est bien documenté
Le même résumé du GIEC documente des évolutions qui ne souffrent pas de discussion. Le recul des glaciers d’abord : le caractère global de ce recul depuis les années 1950, avec la quasi-totalité des glaciers du monde reculant de façon synchrone, est présenté comme sans précédent depuis au moins 2000 ans. La hausse du niveau de la mer ensuite : le niveau moyen global a augmenté de 0,20 mètre entre 1901 et 2018, et le rythme de cette hausse est passé de 1,3 mm par an sur 1901-1971 à 3,7 mm par an sur 2006-2018. Enfin, le rapport indique qu’il est « virtually certain » que les extrêmes chauds, canicules comprises, sont devenus plus fréquents et plus intenses sur la plupart des régions terrestres.
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Ces constats ne sont pas des signes annonciateurs d’une fin datée. Ce sont des mesures déjà faites, sur des décennies écoulées, et c’est précisément ce qui leur donne leur valeur.
Tensions géopolitiques : distinguer ce qui est mesuré de ce qui est extrapolé #
Cette section décrivait auparavant, au futur et sans aucune source, ce qui « se passerait » lors d’une apocalypse : lutte pour les dernières provisions, prise de contrôle de zones stratégiques, rupture généralisée des traités. Rien de tout cela n’était rattaché à un fait, à un événement ou à une analyse identifiable. Ce développement a été retiré, car il relevait du scénario de fiction présenté comme une anticipation.
Ce qui peut être dit sans fabriquer : les tensions entre puissances sont un objet d’analyse permanent, et des organismes spécialisés en publient des évaluations datées et signées. Le raccourci à éviter est celui qui consiste à passer d’une tension observée à une chronologie de l’effondrement. Une évaluation de risque dit qu’un événement est plus ou moins probable ; elle ne dit jamais quand.
En temps de crise, c’est justement cette confusion entre « c’est possible » et « c’est pour bientôt » qui produit les décisions les plus coûteuses, individuelles comme collectives.
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Le risque nucléaire : les traités, et le seul indicateur chiffré qui existe #
Deux traités encadrent la question, et leurs intitulés comme leurs dates sont vérifiables auprès du Bureau des affaires de désarmement des Nations unies. Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires a été ouvert à la signature en 1968 et est entré en vigueur en 1970 ; il a été prorogé pour une durée indéfinie le 11 mai 1995 et 191 États y ont adhéré, dont les cinq États dotés au sens du traité. Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires a été adopté le 7 juillet 2017 par 122 voix pour, une contre et une abstention, ouvert à la signature le 20 septembre 2017, et est entré en vigueur le 22 janvier 2021.
Ces deux chiffres portent sur deux objets différents et ne se confondent pas : les 191 États sont les parties au traité de non-prolifération, les 122 voix sont le résultat du vote d’adoption du traité d’interdiction. Les mélanger produirait exactement le genre de statistique impressionnante et fausse que cette page s’emploie à retirer.
L’horloge de la fin du monde : un indicateur, pas une prédiction
Le seul dispositif qui produise, chaque année, un chiffre public sur la proximité d’une catastrophe mondiale est l’horloge du Bulletin of the Atomic Scientists, revue fondée en 1945 par Albert Einstein, J. Robert Oppenheimer et des scientifiques de l’université de Chicago. Dans sa déclaration du 27 janvier 2026, signée par son Science and Security Board, l’aiguille a été placée à 85 secondes de minuit, après 89 secondes l’année précédente — la position la plus proche jamais atteinte depuis la création de l’horloge en 1947.
C’est un signal sérieux, et il vaut la peine d’être connu. Mais il faut lire aussi ce que ses auteurs en disent eux-mêmes dans leur foire aux questions, car c’est là que se joue toute la différence avec un « signe qui ne trompe pas » : « The Doomsday Clock is not a forecasting tool, and we are not predicting the future. Rather, we study events that have already occurred and existing trends. » L’horloge n’est pas un outil de prévision ; ses auteurs la décrivent explicitement comme une métaphore, construite à partir d’événements déjà survenus et de tendances existantes. Elle mesure une inquiétude argumentée, pas un compte à rebours.
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Le climat : ce que le GIEC évalue, et ce qu’il refuse explicitement d’évaluer #
C’est le point le plus important de cette page, et c’est celui qu’aucune des versions précédentes ne mentionnait. Le rapport du GIEC travaille sur des scénarios d’émissions, désignés par des sigles du type SSP1-1.9 ou SSP1-2.6. Beaucoup de contenus en ligne présentent le plus défavorable d’entre eux comme « ce qui va arriver ». L’encadré SPM.1 du résumé à l’intention des décideurs interdit cette lecture, en une phrase : « the socio-economic assumptions and the feasibility or likelihood of individual scenarios are not part of the assessment ».
La faisabilité et la vraisemblance de chaque scénario pris isolément ne font pas partie de l’évaluation. Le GIEC décrit ce qui se produirait si telle trajectoire d’émissions était suivie ; il ne dit pas laquelle sera suivie, et il ne classe pas les scénarios par probabilité. Toute phrase de la forme « la science annonce que » suivie d’une échéance sort donc du cadre de ce que le rapport affirme. C’est pour cette raison que les formules « apocalypse imminente », « réalité imminente » et « à nos portes » ont été retirées de cette page : elles n’étaient rattachées à aucune source, et la source principale les exclut.
Cette distinction n’affaiblit en rien le constat de fond. Que le réchauffement climatique soit d’origine humaine, déjà mesuré et déjà en train de modifier les extrêmes météorologiques dans toutes les régions du globe, le rapport l’établit avec un degré de confiance élevé. Ce que le rapport ne fait pas, c’est fixer une date.
Pourquoi aucun « signe » ne permet de fixer une échéance #
Le raisonnement par signes annonciateurs a un défaut structurel : il sélectionne après coup les indices qui vont dans le sens de la conclusion, et il ignore ceux qui n’y vont pas. Les organismes cités dans cette page font l’inverse : ils publient aussi leurs incertitudes, et c’est ce qui rend leurs travaux utilisables. Le GIEC assortit chacune de ses affirmations d’un degré de confiance, et va jusqu’à écrire « low confidence » là où les données ne tranchent pas. L’institut géologique américain répond « non » à la question de savoir s’il sait prédire un séisme, et précise ne pas s’attendre à savoir le faire dans un avenir prévisible. Le Bulletin of the Atomic Scientists rappelle que son horloge n’est pas un instrument de prévision.
Une source qui publie ses limites est plus fiable qu’une source qui promet des certitudes. C’est le critère le plus simple à appliquer quand on lit un contenu sur ce thème, y compris celui-ci.
À retenir #
Questions fréquentes #
Le GIEC annonce-t-il la fin du monde pour une date précise ?
Y a-t-il vraiment plus de séismes qu’avant ?
Que vaut l’horloge de la fin du monde placée à 85 secondes ?
Faut-il se préparer, alors ?
Cette page a été entièrement revue à partir des sources primaires citées, chacune ouverte et lue en direct. Les affirmations qui n’ont pas résisté à cette lecture ont été supprimées plutôt que nuancées, et les passages conservés sont désormais attribués à un organisme nommé et daté. Une catastrophe locale reste possible partout, et c’est sur ce risque-là, documenté, que la préparation a du sens.




