Le réchauffement climatique : la fin du monde est-elle proche ?

Le réchauffement climatique est un sujet où l’inquiétude dépasse souvent ce que disent les scientifiques. La question de l’apocalypse revient à chaque canicule, à chaque tempête. Elle mérite mieux qu’une intuition : elle mérite qu’on aille lire ce que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) écrit réellement, chiffres et degrés de confiance compris.

La réponse en bref

Non, le GIEC ne projette nulle part une « fin du monde », et il ne fixe aucune date d’effondrement. Ce qu’il publie, ce sont des trajectoires conditionnelles : si les émissions suivent tel chemin, le réchauffement se situera dans telle fourchette. Le résultat dépend des émissions, il n’est pas écrit d’avance.

Les faits établis, eux, sont sérieux et mesurés : la Terre s’est réchauffée de 1,09 °C sur 2011-2020 par rapport à 1850-1900, le niveau de la mer a monté de 0,20 m entre 1901 et 2018, et selon les scénarios le réchauffement atteindrait 1,0 à 1,8 °C ou 3,3 à 5,7 °C à la fin du siècle. L’écart entre ces deux mondes est la seule chose qui se décide aujourd’hui.

À lire La collapsologie peut-elle justifier le survivalisme ?

Toutes les valeurs citées dans cet article proviennent du Résumé à l’intention des décideurs du premier groupe de travail du 6e rapport d’évaluation du GIEC (AR6 WG1, 2021), consultable en ligne. Chaque chiffre est accompagné du paragraphe d’où il est tiré, pour que vous puissiez le vérifier vous-même.

Les conséquences du réchauffement climatique sur notre planète #

Sur l’origine du phénomène, il n’y a plus de débat scientifique. Le GIEC écrit qu’il est « sans équivoque » que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, l’océan et les terres (§ A.1), et que la hausse des concentrations de gaz à effet de serre depuis 1750 est « sans équivoque » causée par les activités humaines (§ A.1.1). Les concentrations atteignaient 410 parties par million de CO₂ au moment de l’évaluation. Parler de catastrophe ne dit rien de précis ; parler de degrés, de mètres et de fourchettes, si.

L’élévation du niveau des mers

Le niveau moyen des mers a augmenté de 0,20 m (fourchette 0,15 à 0,25 m) entre 1901 et 2018, et le rythme s’accélère : 1,3 mm par an sur 1901-1971, puis 1,9 mm par an sur 1971-2006, puis 3,7 mm par an sur 2006-2018 (§ A.1.7).

Une précision qui change la compréhension du phénomène, et qu’on lit rarement : la fonte des glaces n’en est pas la première cause. Sur 1971-2018, la dilatation thermique de l’océan — l’eau qui gonfle en se réchauffant — explique 50 % de la hausse, la fonte des glaciers 22 %, celle des calottes 20 %, et les changements de stockage d’eau continentale 8 % (§ A.4.3). L’océan a d’ailleurs absorbé 91 % de l’excès de chaleur du système climatique.

À lire Comment construire une base autonome durable dans un esprit de survivalisme ?

Ce qui fait monter la mer (1971-2018)Part
Dilatation thermique de l’océan50 %
Fonte des glaciers22 %
Fonte des calottes polaires20 %
Stockage d’eau continentale8 %

L’impact sur la biodiversité

Le réchauffement déplace les aires de répartition des espèces, désynchronise les cycles saisonniers et dégrade des habitats entiers. Le rapport du groupe de travail I porte sur la physique du climat, pas sur le vivant : les conclusions détaillées sur les écosystèmes relèvent du groupe de travail II. Par honnêteté, cet article n’avance donc ici aucun pourcentage d’espèces menacées — les chiffres qui circulent sur ce point sont souvent sortis de leur contexte, et nous préférons ne pas en ajouter un de plus.

Les phénomènes climatiques extrêmes

C’est ici que la nuance compte le plus, parce que tous les extrêmes n’évoluent pas de la même façon. Il est « pratiquement certain » que les chaleurs extrêmes, canicules comprises, sont devenues plus fréquentes et plus intenses dans la plupart des régions terrestres depuis 1950 (§ A.3.1). L’attribution des fortes précipitations et de certaines sécheresses à l’influence humaine s’est également renforcée depuis le rapport précédent (§ A.3).

En revanche, sur les cyclones tropicaux — ouragans et typhons —, le GIEC est explicite : il existe une « faible confiance » dans les tendances de long terme concernant la fréquence des cyclones toutes catégories confondues (§ A.3.4). Ce qui a augmenté, c’est la proportion de cyclones majeurs de catégorie 3 à 5 parmi ceux qui se forment, sur les quatre dernières décennies. Dire que « les tempêtes deviennent de plus en plus fréquentes » revient donc à faire dire à la science l’inverse de ce qu’elle établit : les cyclones ne sont pas plus nombreux, mais une part croissante d’entre eux est violente.

La dégradation des écosystèmes terrestres et marins

L’acidification de la surface des océans est, elle, directement attribuée aux émissions humaines de CO₂, dont le GIEC indique avec une confiance élevée qu’elles en sont le moteur principal. Le pH de l’océan ouvert de surface est plus bas qu’à n’importe quel moment des deux derniers millions d’années. Les services essentiels que rend la nature — régulation du climat, ressources en eau douce, fertilité des sols — se dégradent avec elle, et ce sont ces services que la suite de cet article prend au sérieux.

À lire Les réserves d’eau : la clé pour sauver la planète ?

Ce que le GIEC projette réellement, et ce qu’il ne projette pas #

Le point le plus mal compris du sujet tient en une phrase : les scénarios du GIEC ne sont pas des prédictions. Le rapport évalue cinq trajectoires d’émissions illustratives, de SSP1-1.9 (émissions très basses) à SSP5-8.5 (émissions très hautes), et le texte précise noir sur blanc que « la faisabilité ou la vraisemblance des scénarios individuels ne fait pas partie » de l’évaluation (encadré SPM.1). Autrement dit : personne, au GIEC, ne désigne un scénario comme celui qui va se produire.

Présenter le pire scénario comme le résultat attendu est donc une erreur, même quand on cite une vraie source. C’est la faute la plus répandue dans les articles alarmistes : le lien est réel, mais ce qu’on lui fait dire ne l’est pas.

Scénario d’émissionsRéchauffement en 2081-2100
(vs 1850-1900)
Niveau de la mer en 2100
(vs 1995-2014)
SSP1-1.9 — très basses1,0 à 1,8 °C0,28 à 0,55 m
SSP1-2.6 — basses—0,32 à 0,62 m
SSP2-4.5 — intermédiaires2,1 à 3,5 °C0,44 à 0,76 m
SSP5-8.5 — très hautes3,3 à 5,7 °C0,63 à 1,01 m

Sources : GIEC, AR6 WG1, Résumé à l’intention des décideurs, § B.1.1 (températures) et § B.5.3 (niveau de la mer). Fourchettes « probables ».

Fonte des glaciers et montée du niveau des océans

Il est « pratiquement certain » que le niveau moyen des mers continuera de monter au cours du XXIe siècle (§ B.5.3). Le retrait des glaciers depuis les années 1950, quasi simultané partout dans le monde, est sans précédent depuis au moins 2 000 ans (§ A.2.4). La perte de glace du Groenland est « pratiquement certaine » de se poursuivre, celle de l’Antarctique « probable ».

À lire La collapsologie et le survivalisme : De simples réactions irrationnelles ?

Le GIEC signale aussi l’existence de processus d’instabilité des calottes, mal connus, qui pourraient fortement accélérer la fonte antarctique. Il les qualifie de résultats « à faible probabilité et fort impact », reposant sur des « preuves limitées » et une « incertitude profonde ». C’est précisément le genre de possibilité qui, sortie de son cadre, devient dans la presse un effondrement annoncé. Elle existe, elle est prise au sérieux, et elle n’est pas une prévision.

Intensification des phénomènes météorologiques extrêmes

Le mot « intensification » est juste, à condition de dire de quoi. Il vaut pour les chaleurs extrêmes, pour les fortes précipitations, et pour l’intensité des cyclones les plus violents. Il ne vaut pas pour le nombre de cyclones, on vient de le voir. Distinguer ces deux énoncés n’est pas une coquetterie : c’est ce qui sépare une information vérifiable d’une impression générale.

Menace pour la biodiversité

Les habitats se déplacent plus vite que la capacité de nombreuses espèces à les suivre, et la combinaison du réchauffement, de l’acidification et de la baisse de l’oxygène dissous — le GIEC relève avec une confiance élevée que les niveaux d’oxygène ont chuté dans de nombreuses zones océaniques depuis le milieu du XXe siècle — pèse sur les écosystèmes marins. Là encore, aucun chiffre d’extinction n’est avancé ici : il ne figure pas dans la source utilisée.

Urgence d’agir face au réchauffement climatique

Le rapport énonce que le réchauffement de 1,5 °C et de 2 °C sera dépassé au cours du XXIe siècle à moins que de fortes réductions des émissions de CO₂ et des autres gaz à effet de serre n’interviennent dans les prochaines décennies (§ B.1). Ce « à moins que » est la partie utile de la phrase, et c’est elle qu’on supprime quand on écrit que tout est joué. Agir face à l’urgence suppose donc de viser une trajectoire, pas de se résigner à la pire.

À lire Le néo survivalisme : une nouvelle façon de s’adapter aux défis modernes ?

L’urgence de changer nos comportements #

Le lien entre gestes individuels et trajectoire globale est réel, mais il passe par les politiques publiques et par les systèmes énergétiques bien plus que par la vertu personnelle. Les leviers ci-dessous sont ceux dont l’effet sur les émissions est documenté ; aucun d’eux n’est présenté ici avec un chiffre de réduction, faute de source primaire lue pour le vérifier.

Repenser notre consommation énergétique

Le réchauffement est alimenté par la combustion d’énergies fossiles. La sobriété — moins chauffer, mieux isoler, éviter les usages superflus — et la bascule vers l’électricité bas-carbone sont les deux leviers de fond. L’un réduit le besoin, l’autre en change la nature ; les deux comptent.

Consommer de manière responsable

Réduire le gaspillage alimentaire, allonger la durée d’usage des objets, préférer la réparation au remplacement : adopter un mode de vie moins intensif en matières premières agit sur des émissions qui ne se voient pas dans la facture d’énergie, parce qu’elles ont été émises ailleurs, à la fabrication.

Privilégier les modes de transport écologiques

Marche, vélo, transports collectifs et covoiturage réduisent les émissions du déplacement quotidien, qui est la part la plus régulière de l’empreinte d’un ménage. Faire évoluer des modes de vie construits autour de la voiture individuelle demande cependant des infrastructures, pas seulement de la bonne volonté.

Un appel à l’action pour sauver la planète #

@lemondefr

Le réchauffement climatique fait fondre les glaciers, mais aussi les sols gelés. Problème : à l’intérieur se trouvent de très anciens virus, gelé depuis des millions d’années. Vidéo : @benoit_lecorre#sante#health#climat#virus #permafrost #pergelisol #sinformersurtiktok #tiktokacademie #news ♬ son original – Le Monde – Le Monde

À propos de cette vidéo : elle est publiée par le compte du journal Le Monde et traite des virus anciens contenus dans le pergélisol, un sujet que le présent article n’aborde pas et qui ne figure pas dans les sources citées ici. Les durées évoquées dans sa légende n’ont pas été vérifiées par nos soins.

Prise de conscience de l’urgence

Prendre la mesure du problème ne consiste pas à croire à une fin prochaine. Cela consiste à comprendre qu’entre 1,0 °C et 5,7 °C de réchauffement en fin de siècle, il n’y a pas une fatalité mais une décision collective, et que chaque dixième de degré évité correspond à des risques évités.

Transition vers des modes de vie durables

Alimentation moins carnée, logement mieux isolé, mobilité repensée, équipements gardés plus longtemps : ce sont des évolutions lentes, cumulatives, et bien plus efficaces que les gestes spectaculaires ponctuels.

Engagement politique et citoyen

Les décisions qui pèsent le plus — normes de construction, réseaux électriques, transports, fiscalité de l’énergie — se prennent à l’échelle publique. S’y intéresser, voter, participer aux consultations locales a davantage d’effet que l’optimisation de son seul foyer.

Investir dans les énergies renouvelables

Solaire, éolien et hydraulique remplacent progressivement la production fossile. Leur déploiement pose ses propres questions — matériaux, stockage, réseau, usage des sols — qu’il vaut mieux poser que nier, car c’est en les traitant qu’on les rend acceptables.

À retenir #

  • Le GIEC ne projette aucune fin du monde et ne fixe aucune date d’effondrement. Il publie des trajectoires conditionnelles.
  • L’origine humaine du réchauffement est établie « sans équivoque » (§ A.1). Réchauffement mesuré : 1,09 °C sur 2011-2020 par rapport à 1850-1900.
  • Selon le scénario, le réchauffement de fin de siècle va de 1,0-1,8 °C à 3,3-5,7 °C. L’écart n’est pas une incertitude scientifique : c’est le choix des émissions.
  • La montée des mers vient d’abord de la dilatation thermique (50 %), pas principalement de la fonte des glaces (42 % à elles deux).
  • Les canicules sont plus fréquentes et plus intenses (quasi-certitude). Les cyclones ne sont pas plus nombreux : c’est la part des plus violents qui augmente.

Questions fréquentes #

Le GIEC a-t-il annoncé une date de fin du monde ?

Non. Aucun rapport du GIEC ne comporte de date d’effondrement ni de scénario de disparition de l’humanité. Le rapport évalue des fourchettes de réchauffement associées à des trajectoires d’émissions, en précisant lui-même que la vraisemblance de chaque trajectoire ne fait pas partie de son évaluation.

Les ouragans sont-ils de plus en plus nombreux ?

Non, et c’est une confusion courante. Le GIEC indique une « faible confiance » dans les tendances de long terme sur la fréquence des cyclones toutes catégories confondues (§ A.3.4). Ce qui augmente, c’est la proportion de cyclones majeurs de catégorie 3 à 5 parmi ceux qui se forment.

Le seuil de 1,5 °C est-il déjà dépassé ?

Le réchauffement mesuré sur la décennie 2011-2020 est de 1,09 °C par rapport à 1850-1900. Le rapport indique que 1,5 °C et 2 °C seront dépassés au cours du siècle à moins de fortes réductions d’émissions dans les prochaines décennies. Un seuil s’apprécie sur une moyenne pluriannuelle, pas sur une année isolée.

Qu’est-ce qu’un « point de bascule » ?

C’est un seuil au-delà duquel un changement devient difficilement réversible. Le GIEC en mentionne, notamment autour de l’instabilité des calottes polaires, mais les classe parmi les résultats « à faible probabilité et fort impact », fondés sur des preuves limitées et une incertitude profonde. Ils ne doivent donc pas être présentés comme le scénario attendu.

Faut-il se préparer à une catastrophe imminente ?

Les sources utilisées ici ne permettent d’affirmer ni l’imminence ni le caractère inévitable d’un effondrement. Ce qu’elles établissent, ce sont des risques croissants et graduels — chaleur, submersion côtière, sécheresse — qui relèvent de l’adaptation et de la réduction des émissions, pas d’une échéance à cocher sur un calendrier.

Les-Survivaliste.fr est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Survivaliste